Textes courts et textes longs sur le web

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Faut-il favoriser les textes longs? Ou privilégier les textes courts? Entre injonctions paradoxales et oscillations permanentes, il est difficile de savoir quoi produire pour bien publier sur le web.

Petit historique

Cet aperçu de ce qui s’est passé sur le web est essentiellement chronologique. Même s’il faudrait affiner avec des chevauchements et rebroussements.

Avant les CMS (systèmes de gestion de contenu), les pages étaient peu nombreuses et avaient tendance à s’allonger au fil du temps. L’ajout d’une page était «coûteux» quand il fallait, par exemple, créer une navigation à la main dans son éditeur de code.

Avec l’arrivée des CMS, il est devenu beaucoup plus simple d’ajouter un contenu. Avec les automatismes de ces outils, plus besoin d’effectuer du travail manuel pour le menu, les tags et le fil chronologique. Donc, les contenus sont devenus plus nombreux, mais moins longs.

Les réseaux sociaux #1, en premier lieu Twitter, ont imposé des contenus très courts. Les fameux 140 caractères du début. Cette contrainte avait du bon, elle invitait à réfléchir vraiment à son propos et à être précis.

Mais nous vivions en parallèle une période favorable au référencement (SEO). Les textes devaient être assez longs et structurés pour briller dans les moteurs de recherche.

Durant des années, il fallait jongler entre deux injonctions. Il fallait faire court parce que plus personne ne lisait plus d’un paragraphe, alors que les pages les plus lues via les moteurs de recherche étaient les plus longues

Et Wikipédia et ses textes longs et denses s’est imposé comme un des sites les plus importants du monde. Parce qu’il est utile et que personne n’imagine s’arrêter après 1 paragraphe.

Les réseaux sociaux #2 ont complètement changé, souvent pour le pire. J’en dis un mot dans À propos des réseaux prétendument sociaux.

Ce sont surtout les contenus publiés sur Facebook, Instagram et compagnie qui se sont allongés. Les publications sont parfois restées courtes, mais elles sont devenues des threads (suites de publications). Les images ont commencé à porter le texte qui n’était pas dans les posts, souvent au mépris de l’accessibilité (A11Y), voire de la lisibilité.

Et en même temps, comme il faut fourrager le bête et publier souvent, les contenus sont parfois presque vides. Pas courts, ni denses, ni synthétiques, mais proches de zéro. Le teaser est le contenu.

La phase réseaux sociaux #3 que nous vivons aujourd’hui est copieusement fourragée par les intelligences artificielles génératives (LLM). Les contenus sont plus étoffés; les textes étonnement longs et munis d’emojis. LinkedIn semble une source inépuisable d’exemples de sauce rallongée.

Alors que du côté des blogs, il existe une tendance au microblogging (avec des outils comme micro.blog) ou à des rubriques de notes sans titres (comme chez Kev Quirk, créateur de Pure Blog).

Pour ajouter un peu de complexité à ces oscillations, les pages de résultats des moteurs de recherche (SERP) sont complètement pourries modifiées par les intelligences artificielles (IA). Par conséquent, la longueur des pages dans une optique SEO n’a plus le même sens.

Je rappelle qu’il faut toujours rédiger de manière sémantique pour les internautes. Texte long, texte court, aucune importance. Le référencement suivra, les IA suivront.

Les inspirations du moment

Si j’ai rédigé ces notes, c’est après avoir lu quelques billets récents qui parlent de raccourcir son propos. Voici les sources et un extrait pour chacune.

The Courage to Stop de Jeffrey Zeldman:

What’s rare—what’s difficult—is knowing when you’ve said enough. Cutting the sentence that’s technically correct but doesn’t earn its place. Trusting the reader. Trusting the idea. Trusting the white space to do work.

Short form blogs are subversive par Luke Davis:

The shorter blogs add an element of subversion in that they go against the idea that longer is somehow better. There’s no evidence to suggest longer is better from a ranking perspective but the idea is that if it’s longer, you’ll have (hopefully) fleshed out your thoughts. But maybe a quick thought is better than an embellished one.

Your shit is unreadable par unstory:

It’s summer. It’s hot, like it has been for thousands of years. Thanks for the 1,000-word coverage and your recommendation to drink water. You saved humanity.

Blogging Can Just Be Stating The Obvious par Jim Nielsen:

So it must be that a key ingredient to blogging is simple: have a willingness to state something that seems obvious to you but nobody else is saying it.

«C’est de l’IA, je ne l’ai pas lu!» par Hubert Guillaud:

[Constance Vilanova] pointait d’ailleurs vers une étude d’un chercheur en linguistique qui a mis au point une échelle pour mesurer la réceptivité au jargon d’entreprise. Une étude qui montrait que plus on est sensible aux formules creuses, moins on performe soi-même aux tests de pensée analytique et aux tests de prise de décision. «Les grands amateurs de Linked-in speak seraient donc aussi les moins capables de repérer le vide. Ce qui crée un cercle vicieux parfait: les patrons sont récompensés pour leur langue de bois, et les équipes se peuplent progressivement de gens qui n’y voient que du feu.»

Je vous laisse ce billet en l’état. Vous saurez en tirer ce qui compte pour vous ou avoir la sagesse de l’abandonner s’il est vain. Je n’ai rien à gagner à vous garder ici; je vous recommande des réflexions autres.